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Sa pa, le nord du Vietnam, à proximité de la frontière chinoise. Une région des minorités H'mong qui se déclinent en plusieurs ethnies. Essentiellement des H'mong noirs ou rouges appelés ainsi en fonction de la couleur de la coiffe des femmes.
Sa pa, un endroit touristique ou les visiteurs veulent toucher du doigt une culture étrange et exotique.
Un village au creux d'une vallée aiguë; un torrent cascade entre des blocs de rocher entourés de bosquets de bambous. Des cultures de riz en terrasse qui arrondissent les élévations et les gaufrent comme un papier plié régulièrement. Les femmes et quelques hommes portent le costume traditionnel.
Nous avons loué deux motos, l'une pour Jean et l'autre pour un pilote avec moi sur le porte bagage et nous avons parcouru ainsi sans trop d'efforts les villages ou vivent les H'mong et les Dzao. Ce sont des bourgades ou le modernisme côtoie les costumes ancestraux.
La terrasse de l'auberge ou je me trouve en ce moment s'ouvre sur une vallée large et violette avec le soir tombant. Les cultures de riz s'étagent en volée d'escaliers géants sur les plis du piémont des montagnes, plus haut, c'est un canevas de champs plus important qui se heurte à des saillies rocheuses. On dirait des pièces de tissu cousues les unes à coté des autres.
Les villages ont délaissé les toits de palme et les habitations sont recouvertes de tôles ondulées ou d'Eternit.
Rompant le charme pittoresque du lieu, des pylônes et des poteaux métalliques distribuent (heureusement) électricité aux quatre coins de la vallée. Le chant d'un coq claironne soudain réveillant le caquètement d'un poulailler. Le vent chaud bouscule les feuilles d'un petit potager. Un chiot s'en prend à mon bas de pantalon. Devant moi, un billard a perdu ses joueurs mais pas ses boules qui gisent sur le tapis vert dans un désordre immobile.
L'après midi, dans ce paysage reposant, n'est plus qu'une succession de visions et de paysages entrevus.
Des femmes d'abord dans une échoppe près d'un pont en ferraille brinqueballant. Appuyée contre une colonne de bambou, sa coiffe rouge redressée comme le chapeau de napoléon laissait pendre une série de chainettes et de pompons tombant sur un chemisier violemment violet. Son sourire s'ouvrait sur des dents blanches et régulières.
Quatre autres commères aussi brillamment coiffées se tenaient à coté d'elle prêtes à nous vendre des broderies sorties d'une hotte en osier.
D'autres costumes de femmes, des H'mongs cette fois aux vêtements noirs rehaussés de festons de couleurs vives ou le jaune et le rouge abondent. De curieuses jambières noires lacées au dessous du genou et qui forment une sorte de guêtres, une coiffe toujours noire en forme de tuyau de poêle complètent l'habillement.
Un pont métallique rongé par la rouille au dessus d'un torrent limpide que des enfants prennent pour une piscine, Jean qui se prend les pieds dans un toron de métal et qui s'étale sans autre gravité qu'une écorchure, le même devenu le roi de la motocyclette joue le taxi pour une autochtone en costume local.
Le soleil qui dégagé des brumes matinales cogne si fort que la moindre partie de l'épiderme qui se montre à lui en prend pour son grade.
Et dans le soir qui arrive à grands pas, des hirondelles en escadrille rasent les toits, un touriste photographe se prend l'orteil dans une cale en bois et grimace de douleur, je m'interroge sur la forme de mollesse qui m'envahit et forme un édredon de ouate entre moi et les choses qui j'entends et je vois.
Une forme de fièvre douce à vivre et paresseuse.
Curieusement, je me rebelle contre cet état! Et mon dos aussi après plusieurs heures de motocyclette!
Le repas, frugale est prit sous un appentis. Un groupe de courageux randonneurs partage notre diner.
Le soir s'éclaire de mille éclairs sous les tambours d'un orage de montagne. Il tourne dans la vallée sans pouvoir en sortir. La pluie arrive, drue et droite. L'électricité devient instable. Ils ne nous reste plus qu'a ouvrir les moustiquaires et à chercher le sommeil.
Le réveil matinal se fait au chant du coq ravivant des souvenirs d'enfance. Le soleil caché derrière les montagnes trouve enfin le chemin et un rayon vient se poser sur la table basse ou j'écris. L'eau des rizières cascade de terrasse en terrasse puis s'égare dans une mare servant de pataugeoire à une douzaine de canards.
Des lamelles de bambou servent de clôture entre les lopins. Profitant de la fraicheur matinal, un couple de paysans s'est mis au travail. Ils œuvrent de la bêche pour ouvrir un ru alimentant une rizière tandis que sur le chemin deux très jeunes enfants trottinent à coté de leurs mère. Lavée par la pluie de la nuit, la campagne scintille de mille feux avec le soleil. Rosée et gouttes de pluie devenues perles et diamants chantent la lumière.
Songes de printemps Juin
Le sable et la plage
La nuit sous la lune
Merveilleux naufrage.
Au creux de la dune
Gracile nudité
Qui me fait trembler
Sous l’éclat d’argent.
Caresses du vent
Doux et parfumé
Senteurs de l ‘été.
Que vous étiez belle
Sur le sable doux
Vous étiez pucelle
Moi j’étais jaloux
Des yeux de la lune
Eclairant l’écume
Les vagues et la mer.
Oh la tendre guerre
Lorsque mes mains glissent
Sur la fleur de lys
J’ai baisé la fève
Entre vos deux lèvres
Coquillage marin
Réveillé soudain
Fissure mouillée
Chemin inondé
Sublime ouverture
Humide rature
Force horizontale
Déchire le cristal
Soudain couleur sang
Amoureux moment
Je pose ma joue
Contre vos genoux
Lentement la paume
Explore la faune
Dressé contre vous
Par un geste doux
Câline votre main
Apaisant ma faim..
Pour vous mon amour.
La mer alentour
Frisonne de tendresse
Chantant nos caresses.
Je me suis noyé
Dans l’eau des baisers
Epaves sur la grève
Chahutée sans trêves.
Michel Demion
CANICULE
Mes déserts se fissurent
Sous d’anciennes blessures.
Le sable se résout
Aux rêves les plus fous.
Je me souviens du temps
Où la mer et le vent
Venaient battre les plages
Les tempêtes d’alors s’époumonaient de rage.
Les yeux mouillés de larmes
Mon sang de feu en flammes
Rougissait les granites
Ma vie prenait la fuite.
Alors tu es venue, fille aux écumes blanches
Et mes mains s’arrondissent
Sur le berceau des hanches
Les draps mouillés du lit amoncellent
Les plis des étreintes et des fièvres.
Dans la chambre, une odeur de genièvre.
Oh silence étincelle
Le feu en gerbe grêle
Irradie tes cheveux
En ombre camaïeux
La courbe de ton cou
Rend mes baisers jaloux
Du grain de peau si doux
Jacassant à ton cou.
L’arrondi des épaules
Comme branches de saule
Les caresses du vent
S’y emmêlent longtemps
Silhouette églantine
Parfum de violette
Flagrance odeur marine
Tremblante alouette
Sang et fureur mêles pour des bois de justice
Dressés au beau milieu des fougères et des lices
Tes mains telles des oiseaux retiennent leurs envols
Se raccrochant aux rêves aux pensées les plus fols
La mousse des cheveux comme chevaux sauvages
Invente des princesses des princes et des pages
Des forteresses glauques des cavaliers en armes
Des foules révoltées où s’insurgent les femmes
Mon cauchemar s’éveillait fauve tremblant de rage
La houle s’enfiévrait pour un nouveau naufrage
J’ai vu fleurir alors sur les lèvres mutines
Le rut des blés levés lorsque le vent fulmine
Il tremble d’épouvante aux chaleurs profondes
Bouscule les chemins d’humeurs vagabondes
J’ai vu ton corps s’ouvrir fleur bleue sous la lune
La roideur de tes seins a la saveur des prunes
Chipées, heureux larcin embaumant ma mémoire
Torrent, calme ruisseau où la nuit je viens boire.